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Issu de la bourgeoisie juive, Julien Benda, se destine dans un premier temps à une carrière dingénieur, mais il démissionne de lÉcole Centrale en troisième année, et obtient une licence ès-lettres, section histoire à la Sorbonne. Il mène, dans les années qui précèdent laffaire Dreyfus, une existence de rentier, fréquentant les milieux mondains. Cest après le discours de Scheurer-Kestner quil publie son premier texte, un court article paru dans Le Siècle, le 15 janvier 1898. En décembre 1898, par lintermédiaire de Séverine, il publie le premier dune série dune vingtaine darticles dans La Revue Blanche, dont, en 1901, le compte rendu de Cinq années de ma vie. Ses articles prennent un ton extrêmement polémique lorsquil sattaque aux grandes figures de lantidreyfusisme, quil sagisse de Brunetière ou de Lemaitre. Reprenant ces articles en 1900, sous le titre en forme de réponse au Général Mercier de Dialogues à Byzance, Benda y adjoint de nouveaux textes : on peut y lire les interprétations successives de chaque épisode de laffaire Dreyfus. Benda na pas signé les premières protestations, en revanche, il est signataire, sous la curieuse dénomination d« auteur dramatique », de la « Protestation » en faveur du colonel Picquart. Lors du combat pour la révision du procès, Benda affirme que, au delà de la personne de Dreyfus, lacquittement est nécessaire, en raison des irrégularités dun procès inique, qui déshonore la « Justice ». Après le verdict du procès de Rennes, auquel il assiste, Benda signe la « Lettre à Alfred Dreyfus ». Comme en témoigne larticle quil publie le 1er octobre 1899 dans La Revue Blanche, « Laffaire Dreyfus et le principe dautorité », Benda croyait alors que le capitaine Dreyfus serait innocenté, et il na pu modifier larticle après le verdict de Rennes. Sinspirant de Spencer, Benda prévoit la victoire de la morale rationaliste sur le militarisme. Il reprend cette interprétation dans Dialogues à Byzance, prônant, contre le militarisme des êtres «inaptes» socialement, une alliance « judéo-rationaliste », des « aptes », qui sétende jusquaux socialistes. Dans lun des nouveaux textes de Dialogues à Byzance, Eleuthère, son porte-parole, revient sur la condamnation de Dreyfus à Rennes, affirmant qu« au point de vue de lévolution française et universelle, la condamnation est un bien » car ainsi les haines « contre la réaction sont décuplées » : on voit déjà se dessiner le motif de «laffaire Dreyfus permanente», que Benda appelle de ses vux dans La Jeunesse dun clerc. La grâce accordée à Dreyfus nest mentionnée que dans une petite note, où il affirme quelle risque de diminuer ces «haines» et de démobiliser le camp des dreyfusards. Louvrage paraît avant le vote de la loi damnistie en décembre 1900, et Benda ne lévoque que bien plus tardivement, dans les années 1930, où il en fait lexemple type de lopposition du clerc et de lhomme politique, qui, par définition, ne peut concilier lintérêt de létat et la justice. Au sortir de laffaire Dreyfus, Benda publie très peu, mais fréquente les anciens dreyfusards à Pages Libres, ou aux Cahiers de la Quinzaine. En 1910, il procède, dans Mon premier testament, à une première réévaluation de lengagement des intellectuels, le réduisant à une question de tempérament psychologique. Par la suite, il revient sans cesse sur laffaire. En 1927, dans La Trahison des clercs, il constate léchec des intellectuels, qui ont trahi leur fonction en nadoptant plus que des valeurs politiques et ont, de fait, basculé du côté des antidreyfusards. Dans les années 30, laffaire Dreyfus est présente à double titre dans ses écrits. Il revient sur lAffaire proprement dite, sur son héritage politique, dont il affirme quil faut laccepter dans sa totalité. Simultanément, il utilise la référence à laffaire Dreyfus comme modèle pour les combats politiques quil mène. Ainsi, la prenant pour modèle, il prône, dans lunique article quil publie en 1936 dans LHumanité, une nouvelle stratégie dalliance des intellectuels, non plus avec les socialistes, mais avec les communistes. Larticle quil publie dans Les Archives israélites, en 1935, au lendemain de la mort dAlfred Dreyfus, est important. Dune part, Benda revient sur la figure même de Dreyfus, dont il fait lincarnation du refus de la résignation. Dautre part, il établit une filiation directe entre lantisémitisme de laffaire et ce quil considère comme sa renaissance dans lAllemagne hitlérienne, le juif incarnant le « rationalisme maudit qui gêne ladoration de la force ». Après la seconde guerre mondiale, laffaire Dreyfus reste la référence dans les combats quil mène aux côtés du P.C.F., ainsi, dans Les Lettres Françaises, il assimile ceux qui dénoncent le procès Rajk aux antidreyfusards. Laffaire Dreyfus lui est devenu une « sorte de moule », comme il lécrivait complaisamment dans La Jeunesse dun clerc, qui lui impose alors une vision manichéenne du monde. Les articles de La Revue Blanche ont été en partie repris dans Dialogue à Byzance, paru en 1900 aux éditions de La Revue Blanche. Parmi ses uvres, on peut retenir plus particulièrement Mon premier testament, en 1910, La Trahison des clercs, en 1927, La Jeunesse dun clerc, en 1936. Parmi le millier darticles de Benda, dont beaucoup mentionnent laffaire Dreyfus, on peut retenir plus particulièrement : « États dâme », Le Siècle, 15 janvier 1898 ; « Quarante ans après » , Les archives israélites, 19 juillet 1935 ; « Éternelle affaire », La Dépêche de Toulouse, 26 juillet 1935 ; « Regard sur le monde passé » , La N.R.F., septembre 1935 ; « Le clerc et la guerre dÉthiopie » , LHumanité, 5 janvier 1936 ; « Division des fonctions » , Le Temps, 11 février 1936 ; « Léternelle affaire » , LOrdre, 15 janvier 1948 ; « Esterhazy, laffaire Rajk et la démocratie » , Les Lettres françaises, 13 octobre 1949. Sur Julien Benda, on peut consulter Niess, R.J. : Julien Benda, Ann Arbor, University Press of Michigan, 1956 ; Sarrochi, J. : Julien Benda, portrait dun intellectuel, Nizet, 1968 ; Revah, L.A. : Julien Benda, un misanthrope juif dans la France de Maurras, Plon, 1991 et enfin Chambat, P. : Julien Benda, Thèse de doctorat, 1976, Paris I, 4 volumes, qui contient une bibliographie presque exhaustive des articles de Julien Benda. Judith Belpomme |
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