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Engagé volontaire au 43e régiment dinfanterie le
25 juillet 1877, caporal en janvier 1878, il suivit, en octobre 1878,
les cours de lÉcole spéciale militaire. Sergent en
1879, sous-lieutenant en octobre 1880, lieutenant en juillet 1885, il
entra à lÉcole supérieure de guerre dont il
sortit breveté dÉtat-Major (mention Bien) en 1887.
Il fut ensuite successivement stagiaire à lÉtat-Major
du 19e corps darmée (novembre 1887), officier dordonnance
du général commandant la 23e division dinfanterie
(juin 1889), affecté au 78e régiment dinfanterie (juillet
1889), nommé capitaine en décembre 1890, hors cadre comme
officier dordonnance du général commandant la 72e
brigade dinfanterie (janvier 1893) puis affecté au 4e bureau
de lÉtat-Major (février 1893). Le 10 juillet 1898, nommé officier dordonnance du ministre
de la Guerre Cavaignac, il fut chargé de reprendre le dossier secret.
Le 13 août, il découvrit que la pièce que le ministre
avait lue à tribune de la Chambre, le 7 juillet précédent,
était un faux, uvre du lieutenant-colonel Henry, et en fit
part à ses supérieurs et à Cavaignac qui recevra
à la fin du mois les aveux du faussaire. Mais cette découverte
des manuvres dHenry pour donner un peu de substance à
un dossier qui en manquait décidément, nébranla
pas une seconde sa conviction en la culpabilité de Dreyfus. Interrogé
par Le Matin du 4 septembre, il déclara : « [...] je vous
affirme que rien, rien, entendez-vous ? ne permet délever
le moindre doute sur la culpabilité du condamné. Je suis
encore tout bouleversé de laffreuse découverte à
laquelle jai été mêlé et qui vient davoir
un si douloureux retentissement ; je sais à quelles appréciations
exagérées elle a donné naissance ; je sais combien
de gens fermes hier encore dans leur conviction se sont sentis tout à
coup moins sûrs, hésitants, ont presque changé davis...
je vous donne ma parole dhonneur, cependant, que ma conviction,
à moi, na pas été ébranlée. Ce
que jai vu ma suffi » (« Le Capitaine Cuignet
»). Cest encore ce quil affirmera lors de lenquête
de la Cour de cassation, le 30 décembre 1898. Sil remplit
bien le rôle qui était le sien, chargé par son nouveau
ministre, Freycinet, de présenter le dossier secret (pp. 356-375),
il vint surtout affirmer sa conviction en la culpabilité de Dreyfus
(p. 349), conviction fondée sur la discussion du bordereau (pp.
349-356) et tenter de sauver la mémoire dHenry en chargeant
du Paty de Clam (pp. 341-347 et pp. 26-30). A Rennes, Cuignet vint témoigner des « manières investigatrices,
indiscrètes du capitaine Dreyfus lorsquil était à
lÉtat-major de larmée » (p. 486) et affirma
sa certitude en sa culpabilité, certitude quil faisait reposer
sur les aveux (pp. 487-488), létude du bordereau (pp. 488-489),
lexamen du dossier secret (pp. 489-500), la démonstration
de Bertillon (pp. 500-501) et les « moyens employés par les
partisans de Dreyfus pour arriver à la réhabilitation »
(p. 487). Il parla aussi du faux Henry (pp. 501-502, 505-509 et 512-513). En février 1902, après quelques mois de tranquillité
et de silence, Cuignet écrivit, en passant cette fois par la voie
hiérarchique, une nouvelle lettre au ministre André pour
renouveler ses accusations contre Loew, Trarieux et Delcassé. André
le convoqua pour tenter de le raisonner, démarche que Cuignet,
plus tard, présentera comme une tentative de subornation et dintimidation.
Peu après, informé par lancien ministre de la Guerre
Galliffet qui lui témoignait estime et sympathie (il avait,
un mois avant sa démission et son remplacement par le général
André répondu favorablement au projet de lever sa mise en
non-activité : « Jestime quil y a lieu de rappeler
à lactivité le commt Cuignet qui est un excellent
officier et na péché que par excès de zèle
et dobéissance ») , cest lui, en avril
1902, qui livra à son ami Judet le texte de la fameuse lettre dite
« du ministère de lÉtranger » dont Jules
Lemaitre fit une affiche, tentant de prouver, en la citant inexactement,
la collusion à Rennes du gouvernement et des partisans de Dreyfus,
affiche qui provoqua un beau scandale et eut le mérite de poser
la question de la validation de lélection de Gabriel Syveton
à propos de laquelle Jaurès fera, en 1903, la belle intervention
à la Chambre qui relancera lAffaire et motivera la réhabilitation.
Quelques jours après cet épisode, dont il ne révélera
les dessous et la responsabilité qui y fut la sienne que bien plus
tard, il fut rappelé en activité (pour ne pas dépasser
la période de trois ans qui exigeait la réunion dune
commission denquête) et affecté au 108e régiment
dinfanterie (11 mai 1902). Après la reprise de lAffaire, Cuignet qui avait demandé
« dans lintérêt de la vérité à
être entendu », connnaissant des « faits qui tendent
à confirmer la culpabilité du condamné » (lettre
à Chambareaud publié dans LAction française,
15 mars 1904), fut appelé à déposer devant la Cour
de cassation. Là, au cours de deux séances très tendues
au cours desquelles il eut de nombreux affrontements avec le procureur
général et quelques conseillers, Cuignet, après avoir
affirmé lauthenticité des pièces dont Targe
avait prouvé la falsification, réitéra ses accusations
contre Delcassé. Quelques jours plus tard, après avoir pris
connaissance de la déposition de lofficier dordonnance
dAndré, le lieutenant-colonel Bourdeaux, il écrivit
à nouveau au ministre pour linformer quil avait lintention
de poursuivre Bourdeaux pour faux témoignage. André, excédé,
ne sachant plus que faire avec ce graphomane paranoïaque et «
tenant compte des nombreuses marques dincohérence données
depuis quelques années par cet officier supérieur »,
demanda « à le faire visiter et contre-visiter au point de
vue mental ». Lasies porta laffaire à la tribune de
la Chambre, déclenchant ainsi un véritable tollé.
Cuignet, une nouvelle fois, sen tira mais cette fois avec juste
une mise aux arrêts de rigueur pour avoir adressé une pétition
à la Chambre (voir Journal officiel. Débats parlementaires,
6 juillet 1904, p. 1856. Voir aussi Le Temps, 2 juillet). Dans cette pétition,
Cuignet attaquait André, évoquant « les falsifications
dont le dossier secret a été lobjet depuis quil
est entre ses mains ». A la fin de janvier 1906, Lasies écrivit,
dans LÉclair de Judet, une lettre ouverte au Président
du Conseil pour, à son tour, accuser André davoir
falsifié une des pièces du dossier secret soumise à
la Cour. Le député du Gers y citait une lettre de Cuignet
dantant de la fin de 1904, qui fondait son accusation, lettre dans laquelle
Cuignet affirmait en toute simplicité que « M. le général
André a sciemment induit en erreur la justice, en basant sa demande
de révision dun procès criminel sur le mensonge et
sur le faux » et que cétait pour « couvrir le
faux que le général André a essayé de faire
interner un officier français dans un asile daliénés
» (27 janvier). Le 1er février, Cuignet écrivit à
son tour au Garde des Sceaux pour porter plainte en faux contre le général
André (lettre quil donnera à la presse nationaliste
; voir par exemple LÉclair du 8 février). Le 9 février
1906, il fut mis en non activité par retrait demploi après
avoir été frappé de trente nouveaux jours darrêt
de rigueur. Enfin libre de sadonner à son penchant pour lécriture,
Cuignet, après avoir été le 2 mars suivant une nouvelle
fois défendu à la Chambre par Lasies qui tenta de jeter
le discrédit sur la Cour de cassation, devint collaborateur de
LÉclair dans lequel il publia quelques papiers isolés
et deux séries darticles, en mars et juin 1906, occasion
de revenir longuement sur ses accusations contre Delcassé, André,
Loew et Trarieux. Dans sa série publiée en mars (les 6,
7 et 8), Cuignet expliqua longuement la nature de laccusation quil
avait portée contre le général André. Il laccusait
davoir écrit de sa main une date sur une pièce du
dossier secret pour innocenter Dreyfus et, pour fonder son accusation
et prouver limprouvable, donnait une transcription sciemment falsifiée
de la pièce en question « Pièce du télémètre
» et de celle qui sy rapportait « Pièce
des Chemins de fer » (voir à ce propos les notices sur ces
deux pièces qui, reprenant et complétant notre article cité
en bibliographie, analysent le « faux Cuignet »). Lobstiné
Cuignet revint encore sur le sujet à deux reprises, dans LÉclair
des 23 juin et 6 juillet 1906 (« Le Faux André et le rapport
Moras » et « Réponse à M. Baudouin »).
On le voit avec le « faux André », comme il lavait
lui-même dénommé, Cuignet nhésitait pas
à forcer le document, à le fabriquer, quand la preuve manquait.
Cest aussi ce quil avait fait plus tôt, en 1898, quand
il sétait agi de prouver les « manuvres »
de Picquart. Ayant ainsi eu entre les main une lettre que Picquart avait
envoyé de Tunisie à un ami et dans laquelle léxilé
écrivait : « Il y avait dans cette lettre une poésie
de Ruckert. Je nai pas manqué de lire les vers du Temps du
2 novembre sur la bien-aimée [la comtesse Brunswick, lunsterbliche
geliebte de Beethoven]. / Tai-je dit que jai acheté
lUnsterbliche Geliebte dont parlait Bellaigue dans son article sur
Beethoven ? », Cuignet donna la traduction suivante : « Il
y avait dans cette lettre un pli pour Ruckert (?). Jai acheté
le journal étranger où il est question dun haut fonctionnaire
et dun avocat qui vont faire de la musique sur laffaire Dreyfus
». (Picquart, « Le Commandant Cuignet », LAurore,
10 avril 1903). Cela semble une farce... En février 1907, après un discours dans une réunion
nationaliste (organisée par la Ligue dAction française
pour célébrer le douzième anniversaire de la dégradation
de Dreyfus), le général Gény, commandant le département
de la Seine, écrivit au Gouverneur militaire de Paris, le général
Dalstein, pour lui signaler que ce nouvel éclat méritait
« une punition sévère ». Le général
Dalstein prévint le ministre, le général Picquart,
pour lui suggérer de mettre Cuignet en retraite. Picquart ne réagit
semble-t-il pas immédiatement et cest un an plus tard, le
15 février 1908, que Cuignet put goûter les joies dun
repos bien mérité. Il collabora alors régulièrement
aux manifestations organisée par LAction française
(il avait pris la parole, par exemple, le 20 décembre 1906 pour
le douzième anniversaire du premier procès de Dreyfus ;
le 29 juin 1907 à loccasion de la remise solennelle, salle
Wagram, de la médaille en lhonneur Mercier ; le 17 mars 1911
où il parle salle Wagram sur le thème : «Le Juif sera
vaincu », etc.) et devint bientôt collaborateur de son journal.
Il participa ainsi à de nombreuses réunions et fera partie
du voyage, en septembre 1908, pour protester contre lérection,
à Nîmes, dune statue dédiée à
Bernard Lazare. A ce même moment, cité par Grégori
à son procès, il écrivit au président de la
Cour dAssises : « Je ne connais pas M. Grégori, je
nai pas assisté à la cérémonie du 4
juin dernier au Panthéon, et je ne puis fournir aucun renseignement
daucune sorte sur la matérialité des faits qui sont
soumis aujourdhui à lappréciation du jury de
la Seine. / Dans ces conditions, la citation à témoin qui
ma été adressée me paraît sans effet.
/ Je ne pourrais témoigner utilement que sur laffaire Dreyfus
et les faits connexes, en établissant devant la justice que Dreyfus
est véritablement un traître, lauteur du bordereau
sur le vu duquel il a été deux fois condamné après
des débats contradictoires ; que la prétendue innocence
du traître, bien que proclamée par un arrêt de la Cour
de cassation, ne peut pas être invoquée, même simplement
à titre de vérité légale, attendu que, pour
rendre cet arrêt, la Cour a falisifié le texte de la loi
(art. 445 du Code dinstruction criminelle), que, par suite,
la justice a été prostituée par la Cour suprême,
que larrêt rendu par elle doit être tenu comme nul et
sans valeur par tout Français conscient de ses droits et de ses
devoirs ; que cet arrêt scandaleux est lui-même laboutissement
dune serie de manuvres frauduleuses qui se sont poursuivies
pendant douze ans et dont les auteurs responsables sont des fonctionnaires
publics de tout ordre, parmi lesquels des membres du gouvernement et des
magistrats du rang le plus élevé ; enfin, que ces
manuvres, quand elles ont été signalées, ont
été protégées et favorisées par des
autorités qui avaient mission de les réprimer. / [...] Ces
considérations ont peut-être frappé M. Grégori
: il se sera dit que, puisque les intérêts de la France étaient
sacrifiés par son propre gouvernement, aux intérêts
dun misérable traître, chaque Français reprenait
le droit de se faire personnellement et individuellement justice »
(« Lettre du commandant Cuignet », LAction française,
11 septembre 1908). Au lendemain de lacquittement de Grégori, il publia une
nouvelle lettre, aussitôt tranformée en affiche et en tract,
lettre cette fois adressée au premier président Ballot-Beaupré,
qui variait un peu les insultes (« [...] si, dans la Cour de cassation
de la République, vous êtes le premier en dignité,
vous êtes aussi le premier en forfaiture et en infamie »)
et incluait, en un même mouvement, les quarante-neuf magistrats
de la Cour de cassation (lettre datée du 15, LAction française,
16 septembre 1908). Quelques mois plus tard, le 27 février 1909,
il écrivit à Baudouin, occasion de réitérer
ses insultes (« votre indignité », « votre félonie
», etc.) pour demander à être poursuivi pour sa lettre
du 15 septembre. Il nobtiendra pas la réponse quil
espérait. Par la suite, il inspirera largement Dutrait-Crozon et fondera, en 1910,
une Revue antimaçonnique à laquelle il donna un peu surprenant
« LAntisémitisme et les Juifs ». Bibliographie : les différentes dépositions de Cuignet
se trouvent dans : Cassation i. ii, tome 1, pp. 338-378 et tome 2, pp.
26-30 ; Rennes i, pp. 485-517 ; Cassation ii. ii, tome 2, pp. 394-530.
On pourra aussi trouver ses deux dépositions à lenquête
des doyens dans Le Figaro du 9 février 1899.
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