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Dupuy,
Paul, Marie, historien et géographe français né à
Loudun (Vienne) le 18 janvier 1856 et décédé à
Genève le 17 mars 1948. Normalien, agrégé dhistoire,
il enseigna lhistoire et la géographie au Collège
Sévigné et à lÉcole Normale supérieure
de Fontenay-aux-Roses. Entré comme maître-surveillant rue
dUlm, il en devint secrétaire en 1904 et contribua à
lorganisation de la réforme de lÉcole Normale.
Socialiste, anticlérical, il sengagea aux côtés
de son ami Lucien Herr pour la défense de Dreyfus et la révision
de son procès. Dès le 6 décembre 1897, il avait écrit
à Scheurer pour le soutenir : « Je mestimais trop peu
de chose pour oser vous adresser un témoignage de sympathie. Mais
après lordre du jour voté samedi par la Chambre des
Députés, je crois que tous les amis de la vérité
et de la justice doivent réclamer leur part de flétrissure.
Je le fais, Monsieur, en vous remerciant de ladmirable exemple que
donnent à tous les gens de cur votre courage et votre stoïcisme
» (BNF n.a.fr. 23820, f. 111).
Discret par nature, et tenu à le demeurer du fait de ses responsabilités
à Normale, il se tint en retrait. Il signa toutefois la première
protestation (3e liste), la protestation en faveur de Picquart (1ère
liste), adhéra à sa fondation à la Ligue des droits
de lhomme et publia deux ouvrages, démonstrations serrées,
sous le pseudonyme de Paul-Marie : Le Petit Bleu (1899) et Le Général
Roget et Dreyfus (1899).
Pendant la Grande guerre, il entretint, avec les élèves
mobilisés, une correspondance qui permit de maintenir la vie collective
de lécole. A la retraite en 1925, après de très
longues années à Normale, et finalement nommé sous-directeur
honoraire, il se retira à Genève auprès de sa fille
et de son gendre qui dirigeaient lÉcole internationale. Revenu
en France pendant lOccupation, il repartit pour la Suisse au début
de 1944. Il y publia un pamphlet, « Ultima verba », dans lequel
il attaquait le culte de « Pétain-Cadum », traître
à la France. Il y rappelait, pour ceux qui lui objecteraient quil
devait sincliner devant le vieillard et le maréchal, quil
était son aîné de quelques mois et que, « depuis
laffaire Dreyfus, cest-à-dire depuis un demi-siècle,
je suis devenu indifférent dans mes jugements à la couronne
de chêne sur le képi, fût-elle triple, et aux étoiles
sur les manches, fussent-elles sept ». Dans ses souvenirs sur lAffaire,
publiés en 1948, il reviendra sur lOccupation dans laquelle
il voyait la revanche de lantidreyfusisme et de lÉglise.
Il y écrira, en conclusion : « [...] la substitution de la
violence à la prudence dans la lutte persévérante
de lÉglise pour reconquérir en France la puissance
politique perdue depuis la Révolution a provoqué une réaction
qui a fait perdre à lÉglise la place qui lui restait
dans lorganisation de lÉtat, mais elle nen a
eu que plus de liberté pour son action politique ; elle a transporté
hors de France ses principales écoles et par elles accru encore
son influence dans la haute armée. En 1918, sur cinq maréchaux
de France, quatre en étaient sortis, et lun deux est
devenu le chef de la Cagoule, qui a provoqué à Paris lémeute
réactionnaire du 6 février. Cest à la suite
de cette émeute que le maréchal Pétain a été
appelé pour la première fois à faire partie dun
ministère qui composa avec les émeutiers ; en 1940, cest
dans la personne de cet ancien élève de lécole
des dominicains dArcueil que se réalisa le rêve du
P. Didon de voir la réaction militaire maîtresse du gouvernement
de la France ; le cardinal Gerlier, primat des Gaules et archevêque
de Lyon, salua en lui lincarnation de la France. / Cétait
lAffaire qui avait promu Maurras grand homme et prophète
de la contre-révolution, le jour où, dans la vieille Gazette
de France, journal de lorthodoxie royaliste, il avait porté
aux nues le faux Henry comme une uvre patriotique et exalté
le faussaire comme un héros national. En 1940, il bénit
comme une faveur du ciel la défaite qui avait permis à Pétain
de juguler la démocratie française, et Vichy le trouva derrière
Pétain comme inspirateur. Dans leur pensée commune, ils
ne prenaient pas seulement une revanche générale sur la
lointaine Révolution, ils prenaient aussi une revanche particulière
sur les défenseurs de ses idées maîtresses dans une
bataille récente ».
On peut lire sur sa tombe, dernière volonté que sa famille
exauça : « Un vieux dreyfusard ».
Bibliographie : sur Paul Dupuy, on pourra consulter la brochure qui lui
a été consacrée en 1951 : Paul Dupuy (1856-1948).
Ses souvenirs sur lAffaire : « Février 1898. LAffaire
Dreyfus et le procès Zola » ont été publiés
dans la revue La Pensée, no 16, janvier-février 1948, pp.
11-25. On pourra aussi lire : « Un cinquantenaire oublié
: Paul-Marie Dupuy », Bulletin de la Société internationale
dhistoire de laffaire Dreyfus, no 5, été 1898,
pp. 21-24.
Ses deux volumes, Le Petit Bleu et Le Général Roget et Dreyfus
ont tous deux été publiés par Stock en 1899.
Michel Drouin
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