Galliffet, Gaston, Alexandre, Auguste, marquis de, militaire et homme politique français, né à Paris le 23 janvier 1830, décédé à Paris le 9 juillet 1909.
Après de médiocres études et l’obtention de son baccalauréat ès lettres (1846), il s’engagea le 22 avril 1848 dans la cavalerie légère. Brigadier en octobre 1849, sous-officier en décembre 1850, sous-lieutenant en décembre 1853, nommé au régiment des Guides, garde personnelle de Napoléon iii, le jeune Galliffet était à ce moment plus intéressé par la vie mondaine, le jeu et les femmes que par la carrière militaire. Ayant hérité, en 1854, à la mort de ses parents, d’une petite fortune, il songea même à démissionner de l’armée. Mais envoyé entre temps en Orient, sur le front de Crimée, il s’y distingua. Rentré en France en septembre 1855, nommé lieutenant en décembre 1857 au régiment des Guides, il fut affecté au 2e spahis et partit en Italie en juin 1859, après la victoire des troupes françaises. De retour en France à l’été 1859, il épousa la fille du banquier Laffitte, fut nommé capitaine en février 1860 et quelques jours plus tard officier d’ordonnance de Napoléon iii. Le 31 décembre 1862, il partit pour le Mexique où il se conduisit héroïquement et fut gravement blessé. Rentré en France en juillet 1863, il fut promu chef d’escadrons. Lieutenant-colonel au 6e Hussards en Algérie en juin 1865, il fut muté au 12e Chasseurs en août 1866. En septembre, il retourna au Mexique mener la contre-guérilla et revint en France, avec le grade de colonel, en août 1867. Commandant du 3e Chasseurs d’Afrique en février 1868, il fut appelé à l’armée du Rhin à l’été 1870. Nommé général de brigade, il prit une part active aux trois charges de Sedan et fut fait prisonnier. Revenu en France en mars 1871, il se vit confier par Thiers le commandement d’une brigade de cavalerie pour combattre la Commune. Il se montra à la hauteur de ce qu’on attendait de lui à Versailles, massacrant sans état d’âme, au plus fort du combat comme lors de la répression qui suivit. On connaît le récit du correspondant du Daily News : « [...] la colonne fit halte et les captifs furent placés en quatre ou cinq files sur la chaussée. Le général-marquis de Galliffet [...] descendit de cheval et commença son inspection par la gauche [...]. Il marchait lentement, examinait les rangs comme à une revue, tapait sur l’épaule d’un prisonnier ou lui ordonnait de passer derrière. L’individu ainsi choisi était conduit au milieu de la route où il se forma bientôt une colonne supplémentaire. ceux-là comprenaient bien que leur dernière heure était venue [...]. [...] je cherchai à me rendre compte de ce qui pouvait le diriger dans ses choix. Je m’aperçus qu’il n’était pas bon d’être sensiblement plus grand, plus petit, plus sale, plus propre, plus vieux ou plus laid que son voisin. Un individu notamment dut à son nez cassé d’être libéré des maux de ce monde [...]. Le général ayant ainsi choisi une centaine de prisonniers, un peloton d’exécution fut formé et la colonne reprit sa marche. Quelques minutes après, nous entendîmes derrière nous des décharges qui durèrent un quart d’heure. C’était l’exécution sommaire de ces malheureux ».
Nommé, en octobre 1871, en Algérie, il rentra en France en 1873 où il se vit confier, en août, le commandement de la 1ère brigade de la division active d’infanterie. En octobre, il fut à la tête de la 31e brigade, et fut nommé général de division le 3 mai 1875. Il prit alors le commandement de la 15e division d’infanterie. En 1879, il commandait le 9e corps d’armée et, ardemment républicain contre toute attente, aida Gambetta dans son œuvre de réorganisation de l’armée. Au tournant des années 1880, Galliffet occupait une position de premier plan dans l’armée française : commandant le 12e corps d’armée, il présidait le Comité consultatif de la Cavalerie, appartenait au Conseil Supérieur de la Guerre, était inspecteur général de l’École d’Application de Cavalerie, de la Section de cavalerie de l’École Spéciale Militaire et du manège de l’École de Guerre et directeur permanent des manœuvres de cavalerie.
Pendant l’Affaire, Galliffet, « monarchiste par ses alliances, ses goûts et ses antécédents » (Cornély, « Chronique politique », La Grande Revue, juillet 1900), qui, précédemment, s’était fermement opposé à Boulanger et était passé en 1895 dans le cadre de réserve, se tut, refusant de se joindre à un camp comme à l’autre. Mis en cause par la presse, en janvier 1898, au sujet de Picquart dont on lui reprochait l’amitié, il déclara, laconique toujours, qu’il n’était « pas qualifié pour [s]’occuper de l’affaire du jour » (A. de B[oisandré], « La Retraite de Galliffet », La Libre Parole, 21 janvier 1898).
Fin janvier 1898, Galliffet vint témoigner devant le Conseil d’enquête chargé de statuer sur la mise en réforme de Picquart. « Indigné des accusations dont il a été l’objet dans la presse et dans le rapport du commandant Ravary » (p. 154), il avait proposé à son ancien subordonné de « [s]e faire son défenseur » (Ibid.). Il témoigna de la grande estime en laquelle tous le tenaient et déclara que s’il avait « commis une faute, on ne peut l’attribuer qu’à une fausse conception de ses devoirs et des ses droits » (p. 154). Fin février, sollicité par un membre de la famille de Picquart (Gast ?) pour intercéder en sa faveur au moment de la mise en réforme qui le frappait, Galliffet refusa : « Hier, j’avais le droit et le devoir de témoigner en faveur d’un officier qui a servi sous mes ordres ; aujourd’hui que m’est connu l’avis exprimé à l’unanimité par les membres du Conseil d’enquête, je n’ai plus qu’un devoir : celui de me taire » (« Le Démenti du général de Galliffet », Le Figaro, 27 janvier 1899). Cela dit, comme il en informa Paul Viollet qui l’avait sollicité en novembre 1898, inquiet qu’un complot ne se tramât contre Picquart, il se déclara prêt à témoigner devant le Conseil de guerre qui devait le juger (Ibid.). Et le 5 décembre 1898, il fut appelé à déposer devant la Cour de cassation. Il y dit les grandes qualités de Picquart et que s’il avait commis une faute (ce dont il ne savait rien), il n’y avait pu être « amené que par son amour de la vérité, et certainement pas poussé par un sentiment vil » (pp. 218-219).
C’est son silence sur l’Affaire, ainsi que le prestige dont il jouissait dans l’armée (sa déclaration au Journal des Débats du 1er mai 1899 dans laquelle il s’opposait à ce que les coupables de l’État-major fussent poursuivis avait été très appréciée et rachetait son amitié pour Picquart), qui le firent choisir par Waldeck-Rousseau pour le ministère de la Guerre dans le gouvernement de défense républicaine constitué le 22 juin 1899. Cette nomination, jointe à celle du socialiste Millerand au Commerce, révolta la presse et une partie de l’opinion et c’est sous un tonnerre d’injures que Galliffet prit place pour la première fois à la Chambre le 26 juin.
Galliffet se garda bien de prendre parti dans l’Affaire et, surtout, d’intervenir de quelque manière que ce fût sur le Conseil de Rennes, ses juges et son commissaire du gouvernement. Il se borna juste, le 5 septembre, à inviter le commandant Carrière, commissaire du gouvernement, à se « pénétrer de l’arrêt de la Cour de cassation qui a saisi le Conseil de guerre de Rennes et à [se] maintenir rigoureusement dans les limites que cet arrêt [lui] a tracées » (Le Matin, 15 février 1911). Après la seconde condamnation de Dreyfus, opposé à la cassation à laquelle avait songé un temps Waldeck-Rousseau, il fut un des principaux partisans de cette grâce qui libérait Dreyfus et permettait surtout d’en finir une fois pour toutes avec l’Affaire en préparant la prochaine amnistie. Craignant que la cassation « pour abus de pouvoir » à laquelle avait pensé Waldeck-Rousseau n’équivalât à l’ouverture d’hostilité « contre toute l’armée, concentrée dans une résistance morale » (lettre du 8 septembre, Reinach, v, p. 580), c’est lui qui eut l’idée de la grâce. Il écrivit, le 13 septembre, à Waldeck : « Aujourd’hui que la justice a suivi son cours régulier et que tout le monde s’est incliné devant le verdict du conseil de guerre de Rennes, chacun est envahi par la pitié. On constate que le condamné a subi, dans des conditions exceptionnellement dures, la moitié de la peine à laquelle il a été condamné au point de faire craindre pour sa vie. On sent que le moment est venu de pacifier les esprits, de mettre fin à nos querelles, pour nous permettre de songer aux besoins du pays et de ne pas oublier que l’exposition universelle de 1900 doit ouvrir avec le nouveau siècle une ère de paix et de travail. / J’estime, et, en cela, je crois être d’accord avec la plupart de mes camarades, que M. le Président de la République nous obtiendrai les résultats que je me permets de souhaiter, s’il se décidait à signer un décret de grâce en faveur du condamné Dreyfus. / J’estime en même temps que cette mesure de souveraine pitié ne serait pas comprise de tous, s’il n’était pas résolu, en principe, de mettre pour toujours hors de cause les officiers généraux ou autres qui ont été mêlés à cette malheureuse affaire. / Il faut leur ouvrir les portes de l’oubli » (Reinach, v, pp. 581-582). Le lendemain de la grâce, Galliffet publia un ordre du jour à l’armée qui choqua les partisans du capitaine et satisfit grandement ses pires ennemis. Il y déclarait que « l’incident est clos » et ajoutait : « Les juges militaires, entourés du respect de tous, se sont prononcés en toute indépendance. – Nous nous sommes, sans arrière-pensée aucune, inclinés devant leur arrêt. – Nous nous inclinerons de même devant l’acte qu’un sentiment de profonde pitié a dicté à Monsieur le Président de la République. – Il ne saurait plus être question de représailles, quelles qu’elles soient. / Donc, je répète, l’incident est clos. / Je vous demande et, s’il était nécessaire, je vous ordonnerais d’oublier ce passé pour ne songer qu’à l’avenir. / Avec vous tous, mes camarades, je crie de grand cœur : “Vive l’armée !” à celle qui n’appartient à aucun parti, mais seulement à la France » (journaux du 22 septembre). La presse antidreyfusarde se montra enchantée de cet ordre du jour, « proclamation », pour La Patrie, « d’un parfait nationaliste » (« Dreyfus est le traître ! », 23 septembre) et « croyance », pour La Libre Parole, « de la culpabilité de l’immonde Youtre qu’il rend à ses travaux » (Intérim, « Ordre à l’Armée », 22 septembre).
Au ministère, Galliffet entreprit une série de réformes qui furent diversement appréciées : le port de l’uniforme redevint, en toutes circonstances, obligatoire ; l’avancement des officiers et les propositions dans la Légion d’Honneur furent enlevés au Conseil Supérieur de la Guerre et à la Commission supérieure de classement pour n’être plus que du seul ressort du ministre ; l’État-major fut rajeuni ; et, surtout, les services de police et de contre-espionnage furent enlevés au 2e bureau et confiés à la Sûreté Générale. C’est cette dernière réforme qui, bien indirectement, provoquera sa démission. Tomps, qui sous la responsabilité de Cavard, dirigeait ce bureau civil des renseignements, avait entrepris d’enquêter sur la déposition faite par Cernuski à Rennes. Le 2e bureau, tenu par des officiers antidreyfusards, anciens amis d’Henry – François, Mareschal, Fritsch et Dautriche –, eut vent de l’affaire et pu entraver l’enquête de Tomps. Ayant intercepté les lettres de Tomps qui établissaient l’enquête en cours, ils les montrèrent à Galliffet qui, mécontent de voir des officiers, contre sa consigne, reprendre un « incident » qui était désormais « clos », décida de renvoyer François, Mareschal et Fritsch dans leurs régiments respectifs. Fritsch, décidé à faire un « acte politique », donna les photographies de ces lettres au député Le Hérissé qui les communiqua à L’Éclair (numéro du 23 mai 1900). Interpellés, Waldeck-Rousseau et Galliffet obtinrent la confiance en déclarant que le gouvernement avait la volonté, pour le premier, de « mettre un terme à une agitation qu’il considère comme désastreuse pour le pays », et, pour le second, de pratiquer « l’oubli pour arriver à l’apaisement et à la réconciliation » (Chambre et Sénat, séances des 22 et 25 mai 1900). A la séance du 28, Galliffet endossa la responsabilité de l’affaire. Mais Waldeck-Rousseau parlant de « la félonie d’un officier », vit se dresser face à lui toute la droite et Galliffet lui-même. Comme il l’écrira à la princesse Radziwill : : « Il y a des choses qu’un militaire peut dire, mais qu’il ne peut pas entendre dire par un civil » (de Rolland, p. 203). Galliffet, saisissant l’occasion, donna sa démission, une démission dont il parlait depuis longtemps, jugeant son rôle fini après le règlement de l’affaire Dreyfus et étant en profond désaccord avec la politique anticléricale de Waldeck.
Si Galliffet était plutôt considéré comme dreyfusard, s’il était favorable à la révision (selon le témoignage de Gaston Paris, voir Reinach, iv, p. 382), on peut se demander quels étaient exactement ses sentiments à l’égard de l’innocence de Dreyfus. S’il semblait en être convaincu quand il écrivait à « son président », Waldeck-Rousseau (cf. lettre du 10 juillet 1899. Bibliothèque de l’Institut. Citée in Le Matin, 14 février 1911), il tenait un tout autre discours dans ses lettres à son amie la marquise de Laguiche. Il lui écrivait ainsi le 19 novembre 1899 : « Madame, je n’ai jamais dit, parce que je ne l’ai jamais pensé, que je croyais à l’innocence de Dreyfus. Je l’ai toujours cru coupable et je suis persuadé que moins imprudent, moins subordonné aux injonctions de Drumont, le “léger”, Mercier aurait pu attendre pour prendre le coupable sur le fait » (H. de Rolland, p. 183). Cette culpabilité, il en parlait depuis janvier 1898, y apportant une petite variante qui eut un certain succès. Au dîner Bixio, Claretie le rapporte dans ses souvenirs, Galliffet avait fait sensation en affirmant que « Dreyfus a été condamné pour un crime qu’il n’a pas commis », ajoutant qu’« il trahissait par dépit au profit de la Russie ». A l’été 1902, encore, et après sa démission, donc, il confia à Joseph Reinach : « Le bordereau est d’Esterhazy qui avait deux complices. Quant à Dreyfus, il n’a jamais eu de rapports avec l’Allemagne. Mais quelqu’un, que je ne puis pas nommer, m’a dit à Marienbad, que Dreyfus aurait été au service de la Russie » (voir Le Radical, 1er août 1902 et « La Lettre de Galliffet », L’Aurore du 23 décembre 1902). Dreyfus ayant protesté publiquement, Galliffet répondit par une lettre, insérée dans Le Journal des Débats du 2 août 1902, dans laquelle il écrivait à propos du capitaine : « En signant son recours en grâce, il s’est reconnu coupable [...] ». L’argument était cruel, injuste et choqua, – comme on peut le comprendre – Dreyfus. Mais dans l’esprit de Galliffet, il semble qu’il n’en fût jamais autrement. Ce trait est à mettre en regard de ces quelques mots rapportés par Cuignet dans ses Souvenirs de l’affaire Dreyfus (p. 122) : « [...] j’ai proposé la grâce, c’était faire acquiescer le condamné à sa condamnation : les ministres n’y ont vu que du feu. Vous devriez tous m’être reconnaissants de ce que j’ai fait ». Tous, c’est-à-dire les nationalistes et l’armée entière dont la décision d’un des conseils de guerre se voyait acceptée et confirmée par le principal intéressé.
On le voit, après sa démission, l’attitude de Galliffet à l’égard de l’Affaire devint fort curieuse. Refusant d’en parler, disant à tous qu’il ne la connaissait pas et ne voulait pas la connaître, s’opposant à toute tentative de relance, « ne voulant à aucun prix », écrira-t-il, « rallumer un incendie que j’ai contribué à éteindre en y consacrant toutes mes forces et tout mon pouvoir » (lettre au Journal des Débats, 7 août 1902), il rendait pourtant quelques menus services aux nationalistes. Ainsi, comme le révélera encore Cuignet dans ses Souvenirs de l’affaire Dreyfus (pp. 122-125), c’est Galliffet qui lui donna lecture – et l’autorisation de publier – de la célèbre lettre à Waldeck du 8 septembre 1899, lettre que Cuignet transmettra à Judet qui la donnera à Lemaitre et dont ce dernier fera une affiche – l’affiche dite « du ministère de l’Étranger » – et la matière de divers discours en soutien au candidat Syveton en avril 1902. Mais le plus extraordinaire est que Galliffet ne jugea jamais utile de rectifier le texte de cette lettre, inexactement citée et interprétée, laissant ainsi planer le doute et le soupçon sur le gouvernement dont il avait fait partie. Certes, il tint à faire savoir, par l’intermédiaire du Journal des Débats du 23 avril, qu’il se refusait : « formellement à devenir l’accusateur du ministère dont j’ai fait partie. Je suis solidaire de tous ses actes jusqu’au jour où j’ai résolu de rentrer dans la retraite. / Je n’ai accepté d’y entrer qu’à la condition de m’incliner devant l’arrêt des juges du Conseil de guerre de Rennes quel que fût cet arrêt. / J’ai scrupuleusement accompli ce devoir. Mon ordre du jour à l’armée “l’incident est clos” en fournit la preuve. J’ajoute que je n’ai confié à personne le soin de me disculper ; je me le réserve ». Il se refusait à devenir un « accusateur » de ce cabinet auquel il avait appartenu mais aussi son défenseur, à un moment où, sur son initiative, il était gravement attaqué, présenté comme le « cabinet Dreyfus » ou le « ministère de l’Étranger » (à ce propos voir la notice « Ministère de l’Étranger »).
Ces silences et ces refus de parler marquent ce qu’était devenu la vie de Galliffet après sa démission du gouvernement en 1900. Il avait écrit, au lendemain de son retrait, à Joseph Reinach : « Je vais disparaître – sans bruit comme sans amertume – ne regrettant que de devenir un inutile – c’était écrit – On ne me verra plus et si votre mauvaise chance vous amène à me rencontrer faites comme il est d’usage quand on rencontre un mort en route pour le cimetière » (BNF n.a.fr. 24878, f. 49). Il vécut alors retiré, consacrant l’essentiel de son temps à sa correspondance et à la rédaction de Mémoires qu’il brûla finalement.
Galliffet, qu’on pensa longtemps dreyfusard et qui ne le fut sans doute jamais, semble ne pas pouvoir mieux être décrit que pas ces quelques lignes de Paul Desachy : « En réalité, il n’avait rien lu, comme beaucoup de militaires, des documents qui éclairent les ténèbres de cette incroyable histoire. Il se contentait de refléter l’opinion des amis auxquels il accordait sa confiance, et se laissait guider par sa nature impulsive plus que par ses réflexions ». Maître du double-jeu, contentant un camp comme l’autre, il n’eut jamais d’autre souci que de règler l’Affaire. Il fut ainsi un des principaux artisans de l’apaisement – qu’il aimait à nommer sa « théorie de non représailles » – pour sauver une armée qu’il jugeait menacée et qu’il ne voulait pas livrer aux « pires ennemis de l’ordre social, de la religion et de l’armée ». Cette armée, il sut, par la grâce, la rendre victorieuse à Rennes et, par l’amnistie, lui épargner de nouvelles secousses qui eussent pu être graves de conséquences. En mai 1900, il avait écrit à la princesse Radziwill qu’il ne pourrait « à aucun prix [s’]associer à une mesure qui enlèverait une pierre du bloc qui doit être et rester l’armée... » (de Rolland, p. 200). Il avait, à cet égard, parfaitement rempli son contrat, contrat qu’il s’était fixé en acceptant le portefeuille de la Guerre. Il parvint, par l’oubli, à règler l’Affaire en épargnant l’Armée.
Bibliographie : notice dans le Jean Jolly.
Les lettres de Galliffet à Waldeck-Rousseau sont conservées à la Bibliothèque de l’Institut, papiers Waldeck-Rousseau, dossier 4567 et ont été en partie reprises dans la série « Les Papiers personnels de Waldeck-Rousseau », Le Matin, 14 au 21 février 1911.
Sa déposition devant le Conseil d’enquête se trouve dans Cassation i. ii, tome 2, pp. 153-154, celle devant la Cour de cassation se trouve dans Cassation i. ii, tome 1, pp. 215-219.
A son sujet, on pourra lire l’article de Paul Desachy, « Le général de Galliffet et l’affaire Dreyfus », Gil blas, 10 juillet 1909 et les cinq très inégales études qui lui ont été consacrées : Louis Thomas, Le général de Galliffet, Paris, 1909 ; H. de Rolland, Galliffet, Paris, Les Éditions de la Nouvelle France, 1945 ; Alain Dalotel, Un sabre au service de la bourgeoisie : le général-marquis de Galliffet. Bois-le-Roy, Le Peuple prend la parole, 1978 ; André Gillois, Galliffet le fusilleur de la Commune, Paris, France-Empire, 1985 ; Charles Monat, Galliffet. Le Marquis aux talons rouges, Paris, Jean-Cyrille Godefroy, 1985.
Philippe Oriol