|

|

Kahn, Gustave,
littérateur français, né à Metz le 21 décembre
1859, décédé à Paris le 4 décembre
1936.
Il utilisa sa position dans le champ littéraire pour lutter dans
laffaire Dreyfus. Bien avant lAffaire, il joua un rôle
clé dans le développement du mouvement symboliste. A partir
de 1886, il fit sentir son influence sur la nouvelle génération
décrivains symbolistes surtout à travers sa poésie,
ses écrits critiques et sa position de rédacteur en chef
ou de directeur de revues (La Vogue, Le Symboliste, La Revue Indépendante).
Généralement considéré comme linventeur
du vers libre, il publia en 1887 Les Palais Nomades, le premier livre
de poésie publié en vers libres. Il laissa plusieurs recueils
de poèmes (Chansons damant, Domaine de fée, La Pluie
et le beau temps), des romans (Le Roi fou, Le Cirque solaire, LAdultère
sentimental, La Childebert), des contes (Contes hollandais, Contes juifs),
une histoire du mouvement symboliste (Décadents et Symbolistes),
des livres de critique (LEsthétique de la rue, Silhouettes
littéraires), ainsi que de nombreuses études sur des artistes
tels que Seurat, Boucher, Fragonard, Rops et Rodin.
Ses écrits parurent dans des dizaines de revues telles que LHydropathe,
La Vogue, La Revue Indépendante, La Jeune Belgique, La Revue Blanche,
La Plume, LErmitage, La Société Nouvelle, La Nouvelle
Revue, Mercure de France, etc. Sa collaboration sétendait
aussi à plusieurs journaux comme La Volonté, Les Droits
de lHomme et La Raison, ainsi quà des quotidiens comme
Le Siècle, Le Petit Bleu et Le Gil Blas.
A.-F. Herold raconte comment il rencontra Gustave Kahn quai Malaquais
quelques heures après la publication de la première protestation
: « Il allait dun pas rapide. Où courez-vous?
lui demandai-je. A LAurore, signer la protestation,
me répondit-il ». Kahn signa les deux protestations de janvier
(2e liste et 7e liste) ainsi que la souscription du Siècle (1ère
liste) et la protestation en faveur de Picquart (1ère liste).
Pour Kahn, la littérature servait souvent de biais à parler
des fait sociaux. Dans un article de La Revue Blanche du 15 février
1898 intitulé tout simplement « Zola », Kahn protesta
vivement contre larticle de Maurice Barrès (son ancien ami
qui fut associé au symbolisme vers la fin des années 1880)
paru dans Le Journal du 1er février et qui attaquait Zola et la
protestation des intellectuels. Quoique Kahn se considérât
comme adversaire littéraire des naturalistes et sopposât
toujours à lesthétique de cette école, il défendit
non seulement lacte de Zola mais aussi Paris, le dernier roman de
Zola. Deux semaines plus tard, il dédia Le Cirque solaire (roman
publié en feuilleton dans La Revue Blanche) à Zola : «
En profonde admiration, pour lhomme de courage et lécrivain
». En plus, vers cette époque, Kahn fit réciter des
pages de Zola lors dun des Samedis de poésies anciennes et
modernes quil organisait avec Catulle Mendès à lOdéon.
La réaction à sa défense de Zola (il participa aussi
à la souscription ouverte pour lui offir une médaille
6e liste du Siècle et des Droits de lHomme) ne tarda point.
Le 9 mars 1898, La Libre Parole sen prit aux « Samedis Israélites
» de lOdéon en les décrivant comme « une
affaire commerciale montée par des hébreux, dirigée
par des hébreux, et qui enrichait des hébreux! ».
Après la fin de la saison théâtrale le directeur de
lOdéon, Paul Ginisty, ne permit pas la continuation des Samedis
; et les récitations de poésie et de proses sinstallèrent
alors au Théâtre Antoine. Les attaques dont Kahn fut victime
poussèrent sa femme à faire un acte exceptionnel de soutien
de son mari en se convertissant au judaïsme en décembre 1898
(voir la notice Rachel Kahn).
En octobre 1899, le compte rendu favorable de Kahn sur Fécondité
suscita une réaction hostile de Rachilde, avec qui, pourtant, Kahn
et sa femme entretenaient des relations amicales. Dans le Mercure de France
Rachilde déclara que Kahn était devenu « subitement
fou » et lappela le « grand rabbin de La Revue Blanche
».
Kahn continua la lutte en collaborant aux deux parodies polémiques
de Dagan, Cest clair et Le Transigeant et, surtout, en publiant
« LIdée Nationaliste » dans La Revue Blanche
du 15 novembre suivant. Cet article montrait le peu de logique derrière
les prémisses des nationalistes. Kahn ne défendait pas seulement
les juifs, mais tous les groupes visés par les nationalistes. Il
sintéressait plus au principe de la justice pour tous que
la défense dun seul peuple.
La réaction de Kahn aux luttes qui se poursuivèrent autour
de lAffaire se manifesta surtout dans une série dodes
écrites entre 1901 et 1903. Ces odes, marquées par les thèmes
de la liberté et de la justice, purent atteindre un plus grand
public grâce aux récitations faites lors des fêtes
civiques et à leur publication dans le recueil Odes de la Raison.
Pendant les années 1920 et 1930, Kahn prit la culture juive comme
sujet dans certains de ses écrits littéraires tels que Contes
juifs (1926), Images Bibliques (1929) et Terre dIsraël (Contes
juifs 2e série) (1933). De 1932 à 1936 il fut rédacteur
en chef et collaborateur de la revue Menorah.
Comme il dit dans « Zola» : « La justice, comme la charité,
comme la solidarité, doit toujours pouvoir compter sur les écrivains
». Cest le rôle que Gustave Kahn se donna avant, après
et pendant laffaire Dreyfus.
Bibliographie : à son sujet, voir J.C. Ireson, Luvre
poétique de Gustave Kahn (1859-1936), Paris, Nizet, 1962, et Lettres
à Gustave et Rachel Kahn (1886-1933), édition établie
par Richard Shryock, Saint-Genouph, Nizet, 1996, qui contiennent quelques
lettres concernant lAffaire. Les Odes de la Raison ont été
réédité en 1995, par Richard Shryock, dans la Collection
Noire des éditions du Fourneau.
Richard Shryock
|
|