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Dès novembre 1897, dans LAurore, il sengagea en dénonçant la presse qui se ruait sur Scheurer-Kestner et « injecte lesprit de délation » (« Inconscience de la foule », 11 novembre) et, quelques jours plus tard, fit part de ses doutes dans un article qui célébrait Monod (« Une belle leçon », 27 novembre). Peu après, en décembre, saisissant loccasion daffirmer le droit de lécrivain de participer à la vie de la Cité, il soutint Zola, toujours dans LAurore (« Écrivains mais citoyens », 13 décembre), puis dans lenquête de La Critique et dans LHommage des Lettres françaises à Émile Zola, en tenant toujours à marquer, en bon symboliste, sa totale désapprobation de lesthétique naturaliste. Sil refusa, fin décembre 1897, de signer « lAdresse à Zola » première forme de ce qui sera appelé, bien longtemps après, le « Manifeste des Intellectuels » , projetée par Daniel Halévy, Jacques Bizet et Fernand Gregh, pensant inutile de le féliciter collectivement « davoir fait son devoir » et préférant, à la « manifestation purement platonique », un « projet combatif : une ligue décrivains et publicistes présidée par Zola et agissant près de lÉtat ou quelque chose danalogue... » (lettre à Fernand Gregh), il donnera son nom parmi les premiers aux deux protestations de janvier 1898 (première liste et troisième liste), ainsi quà « ladresse » des artistes et littérateurs de février 1898 et à la Protestation pour Picquart. Dans ses articles (en tout 28 sur lAffaire dans LAurore), comme dans lenquête de La Critique, il réserva toujours son opinion sur linnocence de Dreyfus et, si plus tard, en 1922, dans ses souvenirs, il parlera dune « sorte dintuition de lerreur judiciaire possible » née en lui dès 1894, il ne se montra jamais particulièrement convaincant. Mauclair, qui sengagea dans lAffaire surtout par amitié et admiration pour Clemenceau, se considérera, plus tard, dans ses souvenirs, comme ayant été certes « un dreyfusard de la première minute, par goût de la vérité » mais comme un dreyfusard qui demeura toujours plus spectateur quacteur (« un assistant ému, et non un militant »). En fait, il fut bien un militant même sil demeure vrai que lAffaire fut plutôt pour lui, comme il lécrit encore dans ses souvenirs, loccasion de chercher « des hommes, des scènes, des sensations fortes, plutôt que des principes et des directions de la pensée ». Là où il est plus difficile de le suivre, cest quand, pour expliquer son retrait, il ajoute : « Je fus écuré lorsquaux artistes, aux intellectuels, aux braves gens évidemment honnêtes et désintéressés qui soutenaient la cause du droit en risquant les pires outrages, se mêlèrent des internationalistes louches, des cabotins danarchie ». En effet, son dernier article, le 30 janvier 1899, « Le Vrai sens de la révolution », restait bien dans la ligne anarchisante quil défendait encore. Il semble plutôt que son installation à Marseille en soit la véritable cause. Mais quoi quil pût en être, il évolua bientôt, « dabord par dégoût des profiteurs, ensuite par dégoût de voir bouleverser ainsi un pays pour un homme ». Il évoluera par la suite plus encore. Lui, qui, pendant lAffaire, sétait élevé contre « la non-valeur mentale de lantisémitisme » (enquête de La Critique), refusait encore en 1922 l«odieux » antisémitisme, « erreur sociale (...) toujours illogique », multiplia, à la fin des années 20, les pamphlets contre les marchands dart (« tous israélites ») et contre la nouvelle peinture, « dégénérée », uvre de « métèques » qui « saccordent tous pour attaquer la tradition latine et obéir à lesprit de criticisme négateur, de dissociation, de chambardement des valeurs, qui est le vieux fond bolchevik de leur race » (La Farce de lart vivant. Paris, NRC, 1929). Et de demander alors que soit « purifiée » la peinture française... De même, pendant lOccupation, il publia dans La Gerbe collaborationniste dAlphonse de Chateaubriant quelques articles sur les Juifs dans lart (« Pour lassainissement littéraire », 2 janvier 1941), et une brochure dans laquelle il se réjouissait des mesures antijuives qui avaient permis de fermer les « galeries juives » et exclure des journaux les « critiques juifs » (La Crise de lart moderne. Paris, Imprimerie CEA, 1944). Estimant quil fallait aller plus loin encore, il rédigea, avec Guirand de Scévola, un rapport sur les moyens de sauver lart français à destination de Pétain. Mais il ne sen tint pas à lart seul. Dans Le Matin, auquel il collabora régulièrement de 1940 à 1945, il multiplia les chroniques anglophobes et antisémites (voir, par exemple, « Pourquoi lAngleterre est enjuivée », 16 novembre 1943). On le retrouvera encore membre de lAssociation des Journalistes Antijuifs, président dune section du groupe « Collaboration », dont La Gerbe était devenu lorgane officiel, et, aux côtés de Brasillach, Drieu La Rochelle, Céline, Béraud, Bonnard, Cousteau, La Varende, etc., signataire du « Manifeste des intellectuels français contre les crimes britanniques » publié dans Le Petit parisien du 9 mars 1942. En mai 1944, il collaborait encore au Grand magazine illustré de la Race : Revivre. A la Libération, le Front national des arts, présidé par Picasso, réclamera sa tête, et le CNE linscrira sa liste dauteurs interdits. Mauclair (quHervieu, selon Renard, décrivait comme « une pâle jeune fille aux dents de loup ») est particulièrement représentatif de ces « Jeunes », appartenant à la mouvance symboliste, qui sengagèrent en dreyfusisme comme ils sengagèrent en anarchie, moyen de mettre en pratique lidée quils avaient et défendaient de ce que devait être le rôle de lécrivain dans la Cité. Mais peut-être y avait-il aussi, à la différence dun Lazare, dun Quillard, dun Herold, dun Ajalbert, dun Golberg, etc., dans son dreyfusisme, beaucoup de cette nécessité qui fut toujours la sienne, et que beaucoup lui reprochèrent en littérature, de ressembler aux amis du moment et dessayer de se faire une place en sappropriant les idées des autres. En plus de ses articles de LAurore, il a laissé quelques pages de souvenirs dans son volume Servitude et Grandeur Littéraires (Paris, Ollendorff, 1922, pp. 124 à 139). La lettre, évoquée, à Fernand Gregh, a été publiée par Jean-Pierre Halévy dans Daniel Halévy, Regards sur laffaire Dreyfus. Paris, Éditions de Fallois, 1994, pp. 258-259. Philippe Oriol
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